Démocratie en transition [2/?] – Les modes de scrutin [2/2] Le jugement majoritaire

[La première partie de l’article sur les modes de scrutin est ici]

Ça y est, vous êtes vraiment intéressé par ce thème et vous voulez enfin savoir ce qu’est la méthode du jugement majoritaire ? Entrons dans le vif du sujet avec une autre vidéo de 19 minutes : « Réformons l’élection présidentielle ! — Science étonnante #35 ».

Y sont abordés de nombreux thèmes : les petits candidats, le vote utile, le vote protestataire, le vote stratégique. On y retrouve : le scrutin uninominal à 2 tours, à 1 tour, à n tours (le nombre de candidats) avec élimination progressive du dernier candidat, le vote alternatif (scrutin à 1 tour avec classement des candidats). Comme c’est la chaîne Youtube d’un scientifique, on découvre le paradoxe d’Arrow : celui qui pourrait battre tous les autres ne passe pas forcément la 1re étape. On redécouvre la méthode de Condorcet : un duel est organisé entre tous candidats et celui qui bat tous les autres est retenu ; mais aussi le paradoxe de Condorcet : ce cas où aucun candidat ne peut émerger car il ne remporte pas suffisamment de duels. Et on en arrive à la variante de Borda : le classement avec des points.

Le plus intéressant dans cette vidéo, c’est que sont exprimées 2 conditions incontournables pour que le mode de scrutin satisfasse le plus grand nombre (car après tout, c’est bien ça l’enjeu : le candidat retenu devra être reconnu par tous à la fin !) : si on progresse, cette progression doit se retrouver à la fin ET le résultat final ne doit pas dépendre d’un candidat mineur qui s’ajouterait ou se retirerait. On en arrive ainsi au théorème d’impossibilité : c’est la démonstration qu’aucun système électoral ne peut vérifier ces 2 conditions… tant qu’on cherche à classer les candidats ! Voici justifié le vote par approbation : fini les classements, il faut un système basé sur le jugement de chaque candidat individuellement.

Dès qu’une échelle de jugement commune à tous est établie, on peut s’intéresser à la manière de départager les candidats. Nous avons vu la méthode des points (ou vote de valeur) mais intéressons nous à un système plus performant. En 2002 a émergé un mode de scrutin mis au point par deux chercheurs français, Rida Laraki et Michel Balinski : la méthode du jugement majoritaire. Elle passe par l’attribution de mentions à chaque candidats parmi 7 de « excellent » à « à rejeter » ; le candidat retenu est celui dont la mention majoritaire est la plus élevée – au moins assez bien -. Si les votants ont attribué à Albert au moins « Assez bien » (c’est à dire « excellent »+ »très bien »+ »bien »+ »assez bien ») à plus de 50% , et que les votants ont attribué à Emilie au moins « Bien » (« excellent »+ »très bien »+ »bien ») à plus de 50%, on dit que la mention majoritaire d’Emilie dépasse celle d’Albert et Emilie l’emporte même si Albert avait plus de « excellent ». Pour mieux cerner le système, allez voir la vidéo où c’est très bien illustré.

Nous savons désormais tous ce qu’est ce fameux jugement majoritaire qu’ont utilisé les organisateurs de LaPrimaire. Ce mode de scrutin avait été pour l’instant testé par des instituts de sondages, des think tank (Opinion way et Terra Nova en 2011 pour la présidentielle française de 2012), par la presse (Slate.fr pour la primaire socialiste de 2011 et la présidentielle de 2012) pour voir « ce que ça donnerait si… ». Il a aussi été défendu en 2016 devant la chambre des communes au Canada. Aujourd’hui en France, c’est un test grandeur nature qui nous est proposé par LaPrimaire pour choisir son candidat ; c’est cette expérimentation qui a attiré mon attention. Parce qu’après tout, un mode de scrutin qui donnerait plus confiance aux électeurs dans le candidat retenu, ne serait-ce pas là une des solutions pour lutter contre l’abstention grandissante et le manque de confiance en nos élus ?

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